Le masque neutre

    2 X 4 jours

  • 1ère bouture : du jeudi 17 au dimanche 20 mai 2012
  • 2e bouture : du jeudi 8 au dimanche 11 novembre 2012
  • Le stage Masque neutre
    est animé par Rosine Rochette
    et Henri Madeuf.

    Lieu : Le Perche en Normandie.
    (À 170 km de Paris.)

Le travail du masque neutre est une voie d’accès royale pour rejoindre les techniques du jeu masqué, que ce soit le masque de caractère ou le nez masque du jeu clownesque.

Par sa présence symbolique, à la limite de l’abstraction, il protège le comédien des aveux qui pourraient échapper de son visage et empêche ainsi le public d’accéder à l’intimité psychologique de l’acteur.

En revanche, il oblige celui qui joue de sentir ce qui se passe en lui et dans la situation scénique au plus profond de ses cellules, et de l’exprimer avec le corps tout entier, conscient du fonctionnement de chacun de ses muscles, au plus intense y compris dans la finesse.

Le masque neutre dans son impressionnante immobilité transcende le jeu de celui qui le porte et le hisse à la dimension du sacré même dans les situations de comédie.

De quel alphabet dispose-t-on dans ce travail du masque neutre ?

Tout d’abord à la base, on revient, bien sûr, à la notion de « ping-pong » qui permet d’improviser : chacun son tour envoie une balle à son partenaire qui la reçoit, prend le temps de sentir l’impact, avant d’y répondre et de préciser intérieurement pour lui-même, son intention avant de l’agir.
(On rejoint par là les notions d’awareness et d’ajustement créateur en Gestalt.)

Il n’y a pas de mots dans le travail du masque neutre. La parole est dans la clarté du mouvement du corps.

L’alphabet à disposition :

  • C’est d’abord le rythme. Le temps d’arrêt avant de poser un acte. Les différentes vitesses de jambes pour se déplacer qui, par elles-mêmes, représentent un langage significatif. La notion de rupture de rythme : savoir passer, par exemple, de la rapidité à la lenteur d’une façon nette, également de basculer d’une intention à une autre avec précision.
  • Ensuite, il y a la notion de décomposition du jeu : savoir accomplir un mouvement, un déplacement, en mobilisant une partie du corps après l’autre, chaque partie étant porteuse d’un sens bien précis. Cela oblige l’acteur à se familiariser avec chacun de ses muscles : laisser en repos ceux qui ne sont pas utiles et dessiner son jeu en finesse toujours en contact avec ses sensations et conscient de ce que chaque mouvement veut dire exactement.
  • C’est aussi la gestion de l’espace : c’est-à-dire sentir la distance adéquate entre les partenaires et à l’intérieur de l’espace scénique. À quelques centimètres près le sens de ce qui se dit peut basculer dans tout autre chose.
  • C’est aussi savoir maintenir un arrêt sur image sans tomber dans la rigidité, étant conscient de la posture dessinée par son corps au moment de l’écoute. Par exemple : pouvoir encaisser le jeu de l’autre sans anticiper sur la réponse qu’on veut lui apporter ; une façon d’être plus clair et plus efficace au moment de l’action.
  • C’est également savoir dissocier la direction de son regard, car dans le jeu du masque le regard de l’acteur emporté par la nuque va « cueillir » régulièrement le regard de quelqu’un dans le public pour lui raconter l’enjeu de ce qui se passe pour lui sur scène. Être à la fois identifié à un personnage et en légère distance, ce qui permet de « raconter » au public et de rejoindre la notion de conteur.
  • Et puis ce sont les ruptures avec les passes d’armes rapides comme l’éclair, qui deviennent réflexe des jambes et du corps, « sans consultation », car l’urgence est telle que la fulgurance s’impose. Puis à nouveau c’est l’immobilité, l’arrêt sur image pour reprendre son souffle où l’on revient à la capacité de réflexion pour capter la prochaine émergence qui va surgir dans le « champ » sorte d’espace électrique ou de vide, d’où va naître le prochain choix qui va guider ou infléchir le jeu.

Je me rends compte que sur le papier, ce travail peut sembler un peu compliqué, mais c’est vraiment dans l’expérience que tout devient limpide.

Le masque neutre, c’est, finalement, l’apprentissage de la présence au monde, de l’état d’éveil, instant après instant (on rejoint la notion d’ »ici et maintenant » de la Gestalt, des arts martiaux, du travail au trapèze pour les gens du cirque), s’il n’y a pas, pour nous le réel danger physique, il y a la même notion d’urgence et d’implication.

Je dirais également que la respiration est un élément moteur essentiel, pour garder l’énergie, la faculté de contrôle dans les situations limites, et la détente qui permet de laisser venir les images. Cette respiration peut être ventrale ou plus haute dans la poitrine à certains moments, rapide ou lente ou profonde, mais toujours vivante. Le public peut la voir fonctionner sur le corps de l’acteur, car il n’y a pas de costume dans ce travail, juste des habits simples, près du corps, et les cheveux sont cachés sous des collants noirs noués sur la tête.

Pour conclure la présentation de ce stage de 4 jours, je voudrais ajouter que le masque neutre permet à celui qui le pratique de laisser tomber tous les gestes accessoires, ou explicatifs, toutes les fioritures (tentations auxquelles personne n’échappe !). Ce travail apporte énormément de plaisir : un sentiment de puissance et d’adéquation, la permission d’une audace contrôlée, qui permet de jouer des situations fortes en pleine conscience et avec un sentiment de liberté victorieuse dans une mise en acte claire grâce à laquelle l’imaginaire peut se déployer. Quand les outils sont bien affûtés, j’ajoute la musique qui apporte la pulsation rythmique et un univers qui encourage l’âme.