Masque neutre/Strip-Tease Clown

Masque neutre – Strip-tease-clown 2021

2 stages de 4 jours, en résidentiel

  • du 29 avril au 2 mai 2021
  • du 11 au 14 novembre 2021

Les deux premiers jours sont réservés au Masque neutre, qui ouvrent pour les deux jours suivants le Strip-tease clown.
Animé par Sosthène GALBRUN et Mélanie BRIAND
Lieu : Moulin des Gondrillers 61300 Saint-Martin d’Ecublei en Basse-Normandie. (À 140 km de Paris)
Pour ce stage, téléphoner à Sosthène GALBRUN au 06 18 43 24 25.

Descriptif de ce stage :

Masque neutre

Le travail du masque neutre est une voie d’accès royale pour rejoindre les techniques du jeu masqué, que ce soit le masque de caractère ou le nez qui représente le masque du jeu clownesque.

Par sa présence symbolique, à la limite de l’abstraction, il protège celui qui le porte des aveux qui pourraient échapper de son visage et empêche le public d’accéder à l’intimité psychologique de l’acteur.

En revanche, il oblige celui qui joue, de sentir ce qui se passe en lui et dans la situation scénique au plus profond de ses cellules, et de l’exprimer avec le corps tout entier, conscient du fonctionnement de chacun de ses muscles, au plus intense y compris dans la finesse.

Le masque neutre dans son impressionnante immobilité transcende le jeu de celui qui le porte et le hisse à la dimension du sacré même dans les situations de comédie.

De quel alphabet dispose-t-on dans ce travail du masque neutre ?

Tout d’abord à la base, on revient, bien sûr, à la notion de « ping-pong » qui permet d’improviser : chacun son tour envoie une balle à son partenaire qui la reçoit, prend le temps de sentir l’impact, avant d’y répondre et de préciser intérieurement pour lui-même, son intention avant de l’agir. (On rejoint par là les notions d’awareness et d’ajustement créateur de la Gestalt.)

En clair, c’est accepter la proposition de jeu du partenaire et y répondre en fonction de nous-mêmes.

Il n’y a pas de mots dans le travail du masque neutre. La parole est dans la clarté du mouvement du corps.

Ce fameux alphabet à disposition :

  • C’est d’abord le rythme. Le temps d’arrêt avant de poser un acte. Les différentes vitesses de jambes pour se déplacer qui, par elles-mêmes, représentent un langage significatif. La notion de rupture de rythme : savoir passer, par exemple, de la rapidité à la lenteur d’une façon nette, également de basculer d’une intention à une autre avec précision.
  • Ensuite, il y a la notion de décomposition du jeu : savoir accomplir un mouvement, un déplacement, en mobilisant une partie du corps après l’autre, chaque partie étant porteuse d’un sens bien précis. Cela oblige l’acteur à se familiariser avec chacun de ses muscles : laisser en repos ceux qui ne sont pas utiles et dessiner son jeu en finesse toujours en contact avec ses sensations et conscient de ce que chaque mouvement veut dire exactement.
  • C’est aussi la gestion de l’espace : c’est-à-dire sentir la distance adéquate entre les partenaires et à l’intérieur de l’espace scénique. À quelques centimètres près le sens de ce qui se dit peut basculer dans tout autre chose.
  • C’est aussi savoir maintenir un arrêt sur image sans tomber dans la rigidité, étant conscient de la posture dessinée par son corps au moment de l’écoute. Par exemple : pouvoir encaisser le jeu de l’autre sans anticiper sur la réponse qu’on veut lui apporter ; une façon d’être plus clair et plus efficace au moment de l’action.
  • C’est également savoir dissocier la direction de son regard, car dans le jeu masqué le regard de l’acteur emporté par la nuque va « cueillir » régulièrement le regard de quelqu’un dans le public pour lui raconter l’enjeu de ce qui se passe pour lui sur scène. Être à la fois identifié à un personnage et en légère distance, ce qui permet de « raconter » au public et de rejoindre la notion de conteur.
  • Et puis ce sont les ruptures avec les passes d’armes rapides comme l’éclair, qui deviennent réflexe des jambes et du corps, « sans consultation », car l’urgence est telle que la fulgurance s’impose. Puis à nouveau c’est l’immobilité, l’arrêt sur image pour reprendre son souffle où l’on revient à la capacité de réflexion pour capter la prochaine émergence qui va surgir dans le « champ » sorte d’espace électrique ou de vide, d’où va naître le prochain choix qui va guider ou infléchir le jeu.

Je me rends compte que sur le papier, ce travail peut sembler un peu compliqué, mais c’est vraiment dans l’expérience que tout devient limpide.

Le masque neutre, c’est, finalement, l’apprentissage de la présence au monde, de l’état d’éveil, instant après instant. (On rejoint la notion d’« ici et maintenant » de la Gestalt, des arts martiaux, du travail au trapèze pour les gens du cirque.) S’il n’y a pas, pour nous, le réel danger physique, il y a la même notion d’urgence et d’implication.

Je dirais également que la respiration est un élément moteur essentiel, pour garder l’énergie, la faculté de contrôle dans les situations limites, et la détente qui permet de laisser venir les images. Cette respiration peut être ventrale ou plus haute dans la poitrine à certains moments, rapide ou lente et profonde, mais toujours vivante. Le public peut la voir fonctionner sur le corps de l’acteur, car il n’y a pas de costume dans ce travail, juste des habits simples, près du corps, et les cheveux sont cachés sous des collants noirs noués sur la tête.

Pour conclure la présentation de ce stage, je voudrais ajouter que le masque neutre permet à celui qui le pratique de laisser tomber tous les gestes accessoires, ou explicatifs, toutes les fioritures (tentations auxquelles personne n’échappe !). Ce travail apporte énormément de plaisir : un sentiment de puissance et d’adéquation, la permission d’une audace contrôlée, qui permet de jouer des situations fortes en pleine conscience et avec un sentiment de liberté victorieuse dans une mise en acte claire grâce à laquelle l’imaginaire peut se déployer. Quand les outils sont bien affûtés, j’ajoute la musique qui apporte la pulsation rythmique et un univers qui encourage l’âme.

Strip-Tease Clown

Dehors les soirs d’été, chez ma grand-mère où nous passions les vacances, lorsque j’étais enfant, je donnais une « représentation de danse » sur la terrasse devant la famille rassemblée.

La musique de mon petit tourne-disque, caché dans les buissons, parée de quelques châles, un chapeau, pieds nus ou avec des chaussures de dame, j’avais trouvé le moyen de toucher les miens au cœur, de leur faire « cadeau de mon âme », encouragée par les musiques que j’avais scrupuleusement choisies.

En retour, je recevais dans les yeux qui me regardaient une sorte de « oui », je voyais sur les lèvres de ce public familial auquel se joignaient quelques amis, un léger sourire de permission ou d’adhésion qui me permettait d’être moi-même, une fille.

Cette tentative de consolation dans les yeux d’un public a été le premier déclic dans mon choix de devenir comédienne et par la suite psychothérapeute.

Le théâtre, pour me redonner confiance, redéployer mon plumage, sentir la joie dans mon corps, structurer mes états chaotiques, créer de la beauté. La thérapie, pour donner du sens et m’aider à trouver ma vraie place. J’avais tant besoin de rassurer mon narcissisme blessé, de me rendre à moi-même un pouvoir perdu, une façon de « reprendre les commandes » ; d’être payée en retour d’un trésor dérobé.

C’est ce souvenir d’enfance qui m’a inspirée pour la création de ce stage : Strip-Tease-Clown, une permission d’offrir dans l’instant, protégée par la distance de la scène et soutenue par la musique, quelque chose de la fulgurance d’une quête intime, un rituel, une flamme, un rideau déchiré, un aveu.

L’histoire se raconte sur la musique grâce au parcours et au délestage des vêtements qui sont costumes de théâtre, tissus, matières diverses, maquillage, perruques, qui nous métamorphosent en créatures pour le moment de notre entrée sur le plateau.

Puis, toujours sur la musique, le corps se dit et les vêtements lâchés ou déposés dans l’espace comme des peaux nous parlent, nous racontent une histoire.

L’enjeu n’est pas d’arriver à la nudité (bien que cela ne soit pas interdit), mais plutôt « d’enflammer » l’imaginaire du public ; partager avec lui un sacré secret, un secret sacré.

Le debriefing et les feedbacks ont lieu dans un deuxième temps.

La musique est imposée par surprise, l’officiant, créature clown, l’accueille comme partenaire et, grâce au choc de la différence, fait jaillir le feu et le plaisir de l’improvisation.

Dans ce stage, les échanges sont nombreux, le travail intervient quand il est nécessaire. Émergent souvent les thèmes de la sexualité, du désir, de l’énergie vitale dans sa liberté, dans les blocages. Ces histoires dansées pourraient s’appeler prière, exorcisme de l’inacceptable, rituel de guérison, célébration des âges de la vie… enfance, adolescence, vieillesse, naissance, mort, imaginaire d’un au-delà. Univers précieux transcendé par le costume, le nez du clown, la musique.